Aussi délicieux que faire l’amour, et plus encore

Par Jeanne du Mont

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Sortir de soi pour goûter l’autre : telle est ma définition de l’acte sublime qu’est faire l’amour.

Pour qui a beaucoup aimé, cette définition trouvera en ses tréfonds un écho. Bien plus qu’un plaisir, l’acte sexuel amoureux est une extase, une communion.

La seule autre expérience qui peut créer chez l’humain une vibration aussi intense et un sentiment de plénitude plus vaste encore, est l’élévation de soi goûtée lors d’expériences mystiques. Expérience de transcendance, expérience de sortie de soi, expérience de communion à l’Être le plus fascinant qui soit.

Expérience méconnue à laquelle bien trop peu d’humains s’adonnent, quoiqu’elle soit pourtant tout à fait gratuite et à la portée de tous. Expérience qui dépasse l’entendement. Acte qui élève l’humain au rang du divin.

On parle très peu de cet acte d’élévation, de nos jours. On préfère parler de méditation, un mot plus in, une notion plus quantifiable, plus proche de l’expérience matérielle qui est la nôtre. Méditer répond à telle ou telle méthode et produit tel ou tel effet mesurable : une recette éprouvée qui produit le résultat escompté. Méditer améliore la concentration et permet d’élargir sa conscience, c’est connu et c’est bénéfique pour l’humain.

Mais la méditation ne nous propulse pas nécessairement dans l’univers du Tout-Autre. Je la comparerais à l’auto-érotisme, ce qui n’est déjà pas mal comme expérience de plaisir, de satisfaction et d’apaisement. Rien de comparable, cependant, avec la très douce et très bouleversante rencontre de l’Être Tout-Aimant que l’on peut goûter et connaître dans l’expérience mystique.

Prier n’est alors pas le geste de faire le vide en soi ou de chercher à se concentrer sur une idée ou une série de mots précis. Prier est plutôt une sortie de soi pour se mettre en quête de cet Autre si attirant qu’on cherche à connaître et à saisir. Et tôt ou tard, cet Autre que l’on courtise finit par s’ouvrir à nous, nous dévoile son intimité profonde et nous y admet.

Ou est-ce plutôt nous qui nous ouvrons à Lui et l’admettons en nous ? Un mélange des deux, sûrement. Et le résultat est une symbiose magnifique, une communion extatique, un allègement de soi libérateur, une illumination soudaine ouvrant notre conscience au sens caché des choses.

« Je suis à mon bien-aimé et vers moi se porte son désir », dit la Bible au Cantique des Cantiques, chapitre 7, verset 11.

Le langage de l’amour physique est le langage même de ce Tout-Autre qu’est l’Infiniment Amoureux. À connaître. À explorer. À goûter.

Coeur de papa

Par Jeanne du Mont

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« Avant que n’arrive le Jour de IHVH-Adonaï, grand et redoutable, il ramènera le cœur des pères vers leurs fils et filles. »

Ce jour de Dieu doit être réellement très proche, car oui je vois de nombreux hommes tourner leur cœur vers leurs enfants. Des papas qui prennent grand soin de leurs petits, qui s’engagent personnellement dans une relation paternante[1] : proximité et prise en charge aimante de ce qu’ils ont engendré. Nous assistons là à un mouvement nouveau et irréversible, opérant un changement profond dans l’ADN de nos sociétés : une chose infiniment belle et bonne qui aura un effet positif majeur et durable sur les générations à venir. Une révolution.

« Avant que n’arrive le Jour de IHVH-Adonaï, grand et redoutable, il ramènera le cœur des pères vers leurs fils et filles. »

Cette citation est du prophète Malachie, le dernier des prophètes de l’Ancienne Alliance et ces mots sont en fait les tous derniers de l’Ancien Testament de la Bible. Ils ouvrent donc à une nouvelle réalité. Ils sont la jonction entre deux mondes : un monde ancien qui s’effrite sous nos yeux et un monde nouveau que nous appelons de tous nos vœux. La paternité responsable et aimante est le signe d’un monde renouvelé et heureux, car le Jour de IHVH, grand et redoutable, est en fait un Jour de renouvellement en profondeur, de restructuration, de purification, un Jour auquel la nature toute entière aspire de toutes ses forces.

« Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu » (Lettre aux Romains 8, 19)

Cette révélation attendue serait-elle justement celle du cœur des pères humains ? Cette ère paradisiaque à laquelle nous aspirons reposerait-elle effectivement sur cette nouvelle donnée : des hommes qui, sans perdre leur nature virile, ont connecté à leurs entrailles d’humains ? L’humanité, en effet, n’a aucun besoin plus grand que celui-là : besoin d’hommes aux cœurs doux et compatissants, qui accordent à l’humain une valeur absolue et dont la priorité n’est plus la transformation de la matière, mais l’émergence d’une vie saine et pure.

« Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement » (Lettre aux Romains 8, 22)

C’est le rôle des papas de tenir la main de celle qui enfante, de soutenir son courage et son espérance, d’assurer sa sérénité avec aplomb et confiance, avec conviction et engagement.

Que chaque papa tourne son cœur vers l’essentiel, vers l’essence même des choses, vers cet être neuf et fragile qu’il aura fait advenir et vers la personne qu’il aura choisie comme mère de ses enfants, et de cette manière, un monde de paix adviendra enfin.

 

[1] Ce mot n’est pas encore dans le dictionnaire, preuve qu’il s’agit là d’une nouveauté !

Pour en finir avec l’appropriation culturelle

Par Johane Filiatrault

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Plusieurs groupes ethniques, ces temps-ci, reprochent aux uns ou aux autres une faute que l’on nomme « appropriation culturelle ». J’aimerais ici qu’on m’explique en quoi le fait d’éprouver suffisamment de respect et d’admiration pour tel ou tel élément culturel qui n’est pas nécessairement le nôtre « de naissance » peut constituer un délit d’une telle gravité. En quoi le fait de vouloir faire la promotion d’un ou l’autre aspect d’une ou l’autre culture que l’on considère géniale nuit-il à l’ensemble ou au particulier ?

Car, à ce que je sache, nous appartenons tous à la même espèce humaine ! Et, selon les lois naturelles, tout échange culturel, tout ce qui peut permettre à l’ensemble d’évoluer vers un mieux-être, vers une pensée plus large et un meilleur agir humain, devrait être encouragé, favorisé et félicité, non ?

Moi, personnellement, en tant qu’individu, j’éprouve une grande fierté à ce que quelqu’un d’autre reprenne l’une ou l’autre de mes idées et la propage. Si quelqu’un juge utile de relayer ma pensée ou un aspect de mon vécu, n’est-ce pas effectivement la preuve de la pertinence de ce je que suis et de ce que je dis ou écris ? Tant mieux si mes idées et mon expérience se propagent et font leur chemin le plus loin possible ! Si mon souci est de faire progresser la réflexion de mes semblables en vue d’un mieux-être, d’une pensée plus large et d’un meilleur agir humain, bingo ! Le but est atteint. Mais si mon but était de me faire voir et de faire dire partout dans les médias : « Johane Filiatrault a émis telle idée ou a vécu telle expérience », là, oui, je pourrais crier à l’appropriation de ma pensée !

Humains de cette terre, quels sont nos motifs, je vous le demande ? Faire la promotion de ce que nous sommes individuellement ou poursuivre ensemble un haut et noble but ?

Vous vous rappelez cette histoire de la tour de Babel ? L’humanité n’avait qu’un seul et même langage (une seule et même culture) jusqu’au jour où l’orgueil prit le dessus, poussant les humains à vouloir manifester de façon ostentatoire leur grandeur et leur savoir. Conséquence de ce dérapage : langues et cultures se multiplièrent, divisant les humains en groupuscules, souvent en opposition les uns aux autres. Devons-nous conclure de cette histoire que, si nous souhaitons faire machine arrière, défaire les constructions de l’orgueil et faire advenir une ère de paix et de réconciliation humaine, nous devrons d’abord cultiver en nous-mêmes une vertu trop souvent oubliée, ayant pour nom « humilité » ?

« Ne faites rien par rivalité, rien par égoïsme ou pour votre gloire personnelle, mais, avec humilité, estimez que les autres vous surpassent » : c’est là la plus belle définition de l’humilité qu’il m’ait été donné de voir.

Estimer que tel ou tel aspect de la culture d’un autre individu ou groupe de personnes égale ou surpasse ma propre culture − et par le fait même, vouloir en faire la promotion : y a-t-il vraiment là une faute ?

Arts divinatoires et autres fantaisies

Par Jeanne du Mont

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De tout temps, les humains ont cherché à se connecter à l’au-delà. Plusieurs motifs les poussent à le faire : trouver des réponses face à des choix difficiles ; obtenir des encouragements pour affronter leur quotidien ; bénéficier de guidance ou d’assistance ; « acquérir » des lumières spirituelles ou des capacités surnaturelles.

L’humanité a, à cet effet, exploré une panoplie de canaux de communication, entre autres les songes, les locutions intérieures, les visions, l’écriture guidée, la nécromancie et la divination ; il y a dans la Bible et dans l’histoire des saints de nombreux exemples de communications célestes via ces différents truchements. De très nombreux exemples, dont les mystérieux Ourim et Toumim, portés dans l’éphod[1] des prêtres du Judaïsme ancien et qu’on définit comme un « instrument qui servait à donner la révélation et à déclarer la vérité »[2]. Intéressant !

Depuis belle lurette, pourtant, la plupart des pouvoirs religieux et ecclésiaux ont usé de divers moyens de répression envers ces canaux de connexion. Moyens de répression allant de la simple méfiance exprimée jusqu’à la violente extermination, en passant par la démonisation de ces pratiques et le rationalisme. Les prêtres et autres « détenteurs officiels des pouvoirs divins » tiennent à garder le monopole des « avenues vers Dieu », afin de garantir la sécurité de leurs ouailles, diront-ils. Mais il n’est pas nécessaire d’être devin pour conclure que cette apparente guerre contre « les moyens de toucher Dieu » sous-entend possiblement d’autres motifs chez ces chefs religieux – la prospérité de leur portefeuille entre autres et le maintien de leur autorité sur leurs fidèles : si leurs rituels sont les seuls moyens de se rapprocher du Créateur, leur pérennité est assurée. Mais peut-être existe-t-il un motif plus triste encore, peut-être que ces gens en autorité religieuse ont finalement trop peu d’expérience ou de compétence spirituelles pour se sentir outillés et capables de s’avancer sur les terrains périlleux des hauts domaines de l’Esprit…

Oui, les entités spirituelles sont extrêmement puissantes et il convient tout à fait d’user d’une grande prudence, quand on s’aventure dans leur domaine réservé. Oui, la personne qui se met en quête d’un message céleste risque de trouver en travers de sa route des esprits malintentionnés qui chercheront à l’égarer et à la perdre, plutôt qu’à la guider. Oui, les novices du domaine spirituel gagneraient grandement à se prémunir des dangers en se faisant accompagner par un·e guide spirituel·le aguerri·e. (Les marques de commerce de tel·le·s guides qualifié·e·s sont : gratuité, vie de prière, et profond respect envers le mystère personnel de l’individu qui se confie à lui·elle.)

Non, les rituels ne suffisent pas pour faire d’un humain une vivante icône de la gloire céleste et pour élever notre pauvre humanité au rang de dieu, programme de vie qui est pourtant celui auquel nous sommes tous et toutes convié·e·s. La vie spirituelle est l’indispensable complément et l’ornement ultime de tout chemin vers la divinité.

 

« Voici : nous avons peine à conjecturer ce qui est sur la terre, et ce qui est à notre portée nous ne le trouvons qu’avec effort, mais qui donc découvrira ce qui est dans les cieux ? Qui connaîtra Ton avis si ce n’est pas Toi qui donne la sagesse et si Tu n’envoies pas d’En Haut Ton Souffle Saint ? » Livre de la Sagesse 9, 16-17

 

Dans un prochain article, je proposerai certains moyens permettant d’entrer en communication avec l’au-delà, moyens qui, sans être 100% sûrs ou efficaces, ont le mérite d’être éprouvés.

 

[1] Éphod : élément de l’habit sacerdotal qui se portait vraisemblablement sur la poitrine et dont on ignore la forme précise ; y étaient contenus l’Ourim et le Toumim (dont on ignore également l’apparence et le mode d’emploi).

[2] John M’Clintock and James Strong, Cyclopedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature, 1867-1881, « Urim and Thummim ».

Maître Fourmi

Par Jeanne du Mont

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Au milieu de toute cette agitation qui a saisi l’humanité face aux changements climatiques (manifestations, comités d’études, débats publics et autres actions humaines entreprises dans l’espoir de voir la lumière au bout du tunnel) ‒ agitation facilement compréhensible dans l’optique où la survie du monde dépend de nous ‒ quelle est la juste attitude à adopter ? Au milieu de ce sentiment parfois tragique que l’on se bat contre un plus fort que soi et que la cause semble perdue d’avance, existe-t-il une voie sûre nous permettant de bien servir la finalité souhaitée ? Comment réagir face à une telle urgence, dont nous sommes sans arrêt bombardé·e·s ?

S’agiter comporte certains risques, puisqu’il en ressort souvent, surtout chez les plus vulnérables, divers maux indésirables : panique générale, sentiment d’impuissance et troubles mentaux assortis, stress, mal-être, sentiment de culpabilité, idées suicidaires[1], etc.  Ou à l’inverse, désengagement total : « À quoi me servirait de m’engager si tout est perdu d’avance ? »

Comment s’assurer que nos attitudes et nos actions atteignent bel et bien la cible espérée ‒ un environnement sain et un développement durable ‒ plutôt que de contribuer (bien malgré nous et indirectement) à accélérer un processus malsain d’autodestruction de l’espèce humaine ? Autrement dit, comment amener toutes les énergies vives de 7,7 milliards d’individus à œuvrer ensemble dans une même direction, en vue du bien commun ?

Un tout petit insecte a peut-être à ce sujet quelque chose à nous enseigner. Il fait partie de l’une des espèces vivantes qui a le mieux réussi sur terre, s’adaptant à tous les environnements et toutes les conditions de vie. Penchons-nous un instant sur Maître Fourmi.

« Pas de contremaître chez les fourmis ouvrières », nous apprend une savante étude publiée en janvier dans la revue Proceedings of the Royal Society B. Ces insectes bâtissent des kilomètres de sentiers sans recevoir la moindre consigne et sans échanger la moindre information. Comment ? Chaque fourmi semble pleinement consciente de l’objectif commun et travaille inlassablement à résoudre à sa manière les problèmes rencontrés, contribuant sans relâche à l’œuvre collective. Aucune hiérarchie, personne qui pense pour l’ensemble, et ça marche !

Une organisation à imiter ?

Oui mais, puisque nous ne jouissons pas, nous humains, d’un tel instinct naturel, sûr et constructif, comment amener notre inconscient collectif à œuvrer pour sa propre cause ? Puisque la solution aux changements climatiques nous dépasse, où puiser les illuminations nécessaires pour orienter les directions à prendre ? Vers qui ou vers quoi se tourner ? Comment renouer avec ce qui, à l’instar des fourmis, quelque part en un temps préhistorique, était également l’apanage de l’espèce humaine ‒ cette sorte de loi intérieure qui, sans qu’on ait à se questionner, oriente nos actes vers le bien de l’espèce ‒ loi intérieure que l’on peut nommer « instinct », « sens du bien commun » ou « souffle saint » ?

Là où le cerveau abdique, les ressources de l’âme sont tout à fait surprenantes.

Renouer avec l’énergie vive qui participe à tout ce qui vit et qui bouge (certain·e·s nomment cette énergie créatrice « Créateur de toutes choses ») peut certainement nous laisser entrevoir les rouages qui sous-tendent notre univers. Et par ricochet, renouer avec cette source vive ne peut que nous permettre de mieux percevoir les solutions aux crises que nous traversons. Méditation et prière sont un chemin d’accès à ce « guide intérieur » qui permet aux fourmis ouvrières de bâtir sans boss et sans contremaîtres.

 

Peut-être que, ultimement, ce sont les maux de l’âme, déconnectée de sa source, qui entraînent la « rébellion de la nature », que nous constatons partout en ce moment. Peut-être que le vide intérieur, la surconsommation et le mépris de l’autre sont les causes absolues des multiples désordres environnementaux qui nous menacent. Raison de plus pour chercher activement à retrouver les chemins qui mènent à notre intérieur.

Guérir le mal à sa source, plutôt que de multiplier les traitements ponctuels.

Enseignons l’accès de l’âme à nos enfants, enseignons l’amour inconditionnel de l’autre ; et dans quelques décennies, auront été perdus à jamais les chemins menant à cet enfer où nous évoluons actuellement : l’humanité aura réinventé un paradis où il fait bon vivre.

 

[1] Entre 2015 et 2018, le nombre de jeunes qui ont été vus aux urgences de l’Hôpital de Montréal pour enfants pour des gestes ou des idées suicidaires a augmenté de 55%. Selon les données les plus récentes de Statistique Canada, le suicide est la deuxième cause de décès chez les 15 à 34 ans et la troisième chez les 10 à 14 ans.

 

Sortir le sacerdoce des Églises

Par Jeanne du Mont

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Le sacerdoce est un ministère spirituel essentiel. Selon les très anciens écrits, ce service a d’abord été l’apanage de personnes inspirées et inspirantes ‒ des gens que leur entourage reconnaissait comme tel. Mais très vite, on a voulu monnayer ou encadrer ce service rendu à l’humanité. On en a fait le privilège d’une famille en particulier (exemple : les descendants de Lévi dans le judaïsme) ou d’une caste choisie où seuls sont admis ceux qui ont un certain niveau d’érudition ou tel et tel parcours initiatique décrété par les dirigeants religieux. Et neuf fois sur dix, les femmes sont exclues de ce ministère sacerdotal. Comme bien des choses ici-bas, les plus nobles intuitions spirituelles peuvent se gâter avec le temps : dommage, car on a beaucoup perdu au change.

Quand les autorités religieuses ont, d’abord, pris le contrôle du sacerdoce, puis mis progressivement de côté certaines de ses caractéristiques essentielles, on a entamé un virage qui a vite dégénéré. Mais quelles sont ces caractéristiques essentielles perdues en route ? La gratuité du service, la nécessaire et lente maturation spirituelle qui rend apte au sacerdoce, l’absolue nécessité d’être tout à fait libre face à toute institution politique ou religieuse afin de pouvoir exercer dignement son sacerdoce. On a fait d’une haute fonction spirituelle un petit fonctionnariat étroit, dépendant de l’autorité et exclusif à une minorité d’humains. Une succession de fautes graves a fait du sacerdoce un concentrat[1] de scories, un ersatz[2] sans saveur, plutôt que le vin nouveau et délicieux qu’il devait d’abord être en son essence : une immense perte pour l’humanité, un effondrement hautement dommageable, un précipice sous nos pieds. « Frappez le berger et les brebis du troupeau seront dispersées », disent les Écritures (Zacharie chapitre 13,7).

Il nous faut donc retourner aux sources, retrouver l’esprit sacerdotal des origines et reprendre en main ce que les institutions religieuses nous avaient subtilisé. Il fut un temps, à l’époque des Juges, où une famille pouvait bâtir son propre sanctuaire, donner l’investiture à un desservant[3] de son choix et rendre là un culte agréable à Dieu (lire Juges, chapitre 17). Cette période florissante de l’histoire du judaïsme a été suivie de l’époque des Rois, où l’on a construit un très grand temple et organisé de façon de plus en plus stricte le sacerdoce. Le christianisme a suivi une « évolution » similaire… Le Christ avait simplement confié à quelques-uns de ses proches une mission d’enseignement et de guérison, mais trois siècles plus tard, une institution soutenue par l’État a progressivement pris le contrôle de la mission et des envoyés de Dieu et a tout structuré à sa manière. Elle a interdit aux femmes l’accès aux ministères (elles qui jouaient pourtant le rôle de cheffes de communauté aux premiers temps de l’Église), puis l’a interdit partiellement aux hommes mariés (vers l’an 1000). Elle a cadastré le territoire en fiefs (nommés paroisses et diocèses), fixé le montant de la contribution des fidèles, écrit un code de lois (le droit canonique), institué des tribunaux ecclésiastiques, etc. Ces institutions ont rendu toujours plus étroit le chemin de liberté spirituelle dévolu aux croyant·e·s.

N’est-il pas grand temps de réinventer un sacerdoce libre de droits et en marge des institutions ecclésiales ? Ce sacerdoce s’exercera au sein des familles et n’aura de compte à rendre qu’à Dieu seul (c’est déjà tout un programme !) en vue de l’épanouissement et de la croissance spirituelle de ceux et celles qui comptent sur le ministère des desservant·e·s.

 

 

[1] Concentrat : Dans les techniques industrielles et l’industrie de l’alimentation, mot qui désigne le fluide contenant les substances retenues par les membranes de filtration.

[2] Ersatz : Produit de consommation destiné à remplacer un produit naturel devenu rare ; succédané ; imitation médiocre.

[3] Desservant·e : terme qui remplace le mot « prêtre » dans la version de l’Ancien Testament d’André Chouraqui.

Symboles religieux et sexisme

Par Johane Filiatrault

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Là où le bât blesse en ce qui concerne les symboles religieux, c’est qu’ils sont la plupart du temps porteurs de valeurs sexistes, comme sont sexistes la plupart des grands systèmes religieux.

Faisons un bref survol des règles religieuses discriminatoires qui existent encore de nos jours…

  • chez les catholiques, les orthodoxes et plusieurs autres groupes chrétiens, la femme ne peut accéder à aucune forme de sacerdoce ;
  • chez les musulmans, pour des raisons de convenance, la femme ne peut pas diriger la prière publique (surtout si des hommes font partie de l’assemblée de prière) même si, selon leurs propres termes, « la personne qui dirige la prière doit être celle qui en sait le plus »;
  • chez les hindouistes : « Il n’existe pas de femmes prêtres hindoues, ni en Inde ni au Sri Lanka[1]» et pour ce qui est du domaine domestique, « bien que la conduite de son époux soit blâmable, bien qu’il se livre à d’autres amours et soit dépourvu de bonnes qualités, une femme vertueuse [sati] doit constamment le vénérer comme un Dieu[2] » ;
  • dans le judaïsme : « Bien des postes de responsabilité gagneraient, sans aucun doute, à être occupés par des femmes plutôt que par des hommes. Mais on ne pourrait attribuer à ces fonctions le sens d’une « dignité sociale », d’une nomination. Ce refus d’une « nomination » des femmes est une disposition de la Guemara avec force de loi, stipulant qu’une femme ne peut être nommée reine parce qu’il est dit : « Tu mettras sur toi un roi », un roi et non une reine.[3]»

C’est parce que ces règles religieuses sexistes sont encore prônées de nos jours, qu’il faut, selon moi, éliminer les symboles religieux des espaces publics[4], afin de se distancer formellement de ces pratiques séculaires qui briment les droits fondamentaux des femmes.

Surtout que cette discrimination basée sur le genre, au sein des religions, n’est pas en voie de se résorber. Puisque les chefs des grandes religions du monde sont, encore aujourd’hui, presque exclusivement des hommes, les femmes y perdent, au fil des siècles, des droits qui leur étaient souvent reconnus à l’origine même de ces confessions. Et une fois que ces restrictions ont été mises en place par les dirigeants mâles, ils font de ces nouvelles règles des « lois divines » intouchables et permanentes.

De plus, on n’a qu’à lire les dernières nouvelles concernant certains gourous modernes[5] et la manière dont ils asservissent des femmes comme esclaves sexuelles ou esclaves tout court pour se rendre à l’évidence que le phénomène religieux sexiste est loin d’être en voie de disparition. C’est donc pour protéger les générations à naître qu’il faut impérativement bannir toute religion de notre espace public (écoles privées incluses !), afin qu’aucun·e enfant québécois·e ‒ quelle que soit son origine ethnique ‒ ne soit embrigadé·e dans un système de pensée sexiste qui serait soi-disant d’origine divine. L’État doit légiférer à ce sujet afin d’éviter d’être accusé de défendre ces systèmes discriminatoires basés sur le genre ou de prôner leurs enseignements sexistes.

Il y a des valeurs qui priment sur d’autres et l’égalité des genres doit primer sur le droit à exercer sa religion dans l’espace public.

 

… Une définition du sexisme vient d’être adoptée ce jeudi 28 mars par le Conseil de l’Europe : « une manifestation des « rapports de force historiquement inégaux » » entre femmes et hommes « conduisant à la discrimination et empêchant la pleine émancipation des femmes dans la société ». Sexisme et violence envers les femmes et les filles sont liés, insiste l’organisme, « puisque le sexisme « ordinaire » fait partie d’un continuum de violences », créant un « climat d’intimidation, de peur, de discrimination, d’exclusion et d’insécurité ».

[1] Propos de Sasikumar Tharmalingam, prêtre de la communauté Saivanerikoodam, de la maison des religions à Berne.

[2] Le Grand Secret, Maurice Maeterlinck, éditions transatlantiques

[3] La condition de la femme dans le judaïsme – Interview de M. le Grand Rabbin Ernest Gugenheim – Propos recueillis par Léa Marcou.

[4] J’entends par « espaces publics » les lieux où s’exercent les activités et le pouvoir de l’État.

[5] Patrick Salibi de Montréal, se proclamant le « champion de l’utérus », et Keith Raniere, arrêté récemment par le FBI.

 

Ta colère : un feu sacré

Par Judy Emmanuelle

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Tu ne vois aucune magnificence dans tout ce qui incarne le feu

Tu blâmes la flamme

Tu réprouves la lave

Tu juges les cendres

Tu ne t’inspires pas du phénix que tu veux arborer.

 

Et pourtant je m’éblouirais de la force de ta rage

Apaisée que tu souffles au dehors

le feu qui te brûle les os d’être gardé au dedans

Enchantée de constater que les flammes dansent enfin dans tes mots…

 

Je ne craindrais jamais les éruptions passionnelles de ton cœur

Je m’escompterais toujours privilégiée de pouvoir fouler le sol volcanique de ton antre

Écoutant tes grondements et mugissements tapis dans l’ombre

T’incitant à exister

 

Ne t’excuse jamais de faire couler les rivières ou de faire tomber la pluie…

Toute la magnificence de la terre est tienne si tu le décides

Parce toute la magnificence du monde est en nous

Et tu n’auras jamais vraiment ce lien auquel tu aspires

Si tu gardes enfermé le dragon alors qu’on pourrait en constater la puissance

 

Ta colère est une émotion puissante que tu crains…

Ne crains pas la bête

Dompte-la

Monte-la

Et constate comment elle peut t’éblouir par sa force d’action

T’emmener plus loin de ce que tu as eu plus que suffisamment

Et détruire ce qui doit l’être

Fertilisant les nouvelles possibilités à naître

 

Tu veux la rose, sans épines

Tu veux le soleil, mais pas le feu

Tu veux son cœur, mais sans colère

 

Une personne travaillera à ne pas brûler quand tu es là…

Mais, pauvre enfant,

La flamme dans ses yeux, tu ne l’auras peut-être plus

 

Tu veux le soleil, mais pas le feu…

Pourtant tu devrais le savoir

On n’a aucun

Ou on a les deux

 

Je t’aime

 

L’humain a-t-il une âme ?

Par Jeanne du Mont

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Supposons que Dieu existe… (Soit oui, il existe, ou bien non, il n’existe pas : nous faisons face à une probabilité d’existence de 50%, une proportion suffisamment élevée pour qu’on se penche sur la question, non ?)

S’il existe, donc, il doit bien être, au minimum, un être pensant et sensible à l’autre, deux attributs que l’on retrouve couramment dans le monde des êtres animés. Quoi ? Même une fourmi pense, et elle a, de plus, le souci du bien de l’ensemble de l’espèce puisque, si l’une d’entre elles tombe par hasard sur un morceau de nourriture malencontreusement échappé sur le plancher de ma cuisine, elle est suffisamment capable de conceptualiser la chose pour aussitôt communiquer la bonne nouvelle à toutes ses congénères, provoquant un embouteillage monstre sur le chemin qui mène à mon garde-manger. Tout de même, Dieu devrait avoir une capacité au moins équivalente !

Il pense, donc, et il a souci du bien de l’espèce (s’il n’en avait pas souci, il y a belle lurette qu’il aurait trouvé le moyen d’éliminer de l’univers l’humanité récalcitrante que nous sommes !) Il a aussi la capacité de communiquer avec l’espèce humaine (une espèce à son image et à sa ressemblance). Il sait fort bien que nous sommes, nous humains, à la fois des êtres grégaires et des individus libres et pensants ; il sait en outre que la seule manière de faire avancer une telle « troupe » vers une direction X qui soit bénéfique aussi bien à l’individu qu’à l’ensemble, c’est celle-ci : lui servir à la fois un plan global du projet d’ensemble et, du même coup, une vision individuelle de la mission propre à chacun•e.

Supposons qu’un tel Dieu existe, donc, et qu’il souhaite ardemment que chacun•e de nous réalise la mission propre qui lui a été confiée, mission qui atteindra deux fins :

  • Permettre la progression et l’épanouissement de l’ensemble de l’humanité
  • Amener l’individu à réaliser son plein potentiel et à se sentir comblé•e et heureux•se.

Si tel est le cas, il doit bien y avoir eu un moment, dans notre histoire personnelle, où chacun•e d’entre nous a rencontré ce Grand Manitou pour recevoir de lui une telle révélation et mission. C’est logique, non ? Ou alors c’est écrit dans nos gènes ! Personnellement, je préfère la première version : c’est plus épique, et plus trippant aussi. Une version qui est d’ailleurs corroborée par un message prophétique moderne, auquel il est périlleux de demeurer sourd par les temps qui courent. Le passage de ce message dont je vous parle se résumerait en ces mots : lors de sa création, l’âme a vu Dieu, l’espace d’un instant, avant d’être unie au corps, ce qui expliquerait entre autres sa nostalgie de Dieu.

Je vous propose, en terminant, la lecture de ce message du Ciel, délivré le 15 septembre 1991.

La Fin des Temps est plus proche que tu le penses.

Bientôt, très bientôt, j’ouvrirai soudainement mon sanctuaire dans le Ciel et là, de tes yeux dévoilés, tu percevras comme une révélation secrète…

Soudainement viendra sur toi un temps de grande détresse, car je vais permettre à ton âme de percevoir tous les événements de ton existence : je les dévoilerai l’un après l’autre. Je te rendrai conscient•e de ton irrespect envers mes enseignements de vie.

Si tu es encore en vie et debout sur tes pieds, les yeux de ton âme verront une Lumière éblouissante, comme les miroitements d’innombrables pierres précieuses, comme les feux de diamants cristallins. Et au milieu de cette éblouissante Lumière, ton âme verra ce que dans cette fraction de seconde elle a vu jadis, à ce moment précis de ta création…

Elle verra :

Celui qui le premier vous a tenues dans ses mains, les Yeux qui les premiers vous ont vues ;

Elle verra :

Les mains de Celui qui vous a formées et vous a bénies…

Elle verra :

Le plus tendre Père, votre Créateur. (Message tiré de La vraie vie en Dieu, par Vassula Ryden)

Recherché : ORGASMOTRON

Par Johane Filiatrault

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Consommation de sexe

Consommation de pornographie

Surconsommation de drogues, d’alcool et de médicaments

Surconsommation alimentaire

Surconsommation de médias sociaux et de jeux vidéo

Sports extrêmes et course au vedettariat

Solitude, stress de performance, burn out, dépression, suicide, maladie mentale.

L’humanité est-elle parvenue à l’apogée de ce qu’elle peut performer, ne laissant derrière elle que des cerveaux hyper allumés dans des corps avachis et des affectivités malades ; des cœurs absents ?

On parle de plus en plus d’intelligence artificielle… Compte-on sur elle pour nous sortir de l’impasse ? Un cerveau, naturel ou pas, suffit-il à l’équilibre humain et à l’équilibre environnemental ?

Nos sociétés produisent de plus en plus d’individus asociaux, de dangereux•euses agresseurs, de prédateurs sexuels, de fraudeur•euse•s, de révolté•e•s, d’enfants dysfonctionnels, de laissé•e•s pour compte, et de violence sous toutes ses formes. Sans compter les déchets produits et la destruction massive des milieux de vie.

Nous fonçons dans le mur, c’est bien évident.

Serions-nous en manque d’extase, par hasard ?

Extase: État mystique privilégié où l’âme s’unit directement à Dieu.

             : État de joie, d’admiration extrêmes, causé par quelqu’un ou quelque chose.

             : État de jouissance extrême.  (Définition du Larousse)

L’individu qui manque d’extase, gratuite et pure, compensera inévitablement par des palliatifs plus ou moins efficaces, voire néfastes et destructeurs.

À côté des mathématiques, des sciences et des langues, ne devrait-on pas enseigner l’art de l’extase à nos enfants ? C’est une question de survie de l’espèce : l’humain sans extase amoureuse devient bête et méchant.