Êtes-vous un « cheap » d’Halloween ?

Par Judy Tétreault

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« Crime y’auraient pu être plus généreux, avec la maison qu’ils ont! »

C’est ce qu’un enfant qui passait l’Halloween dans son quartier aurait dit, en sortant de chez notre amie la physiothérapeute.

Elle a raconté qu’une année, une caravane s’est stationnée derrière sa voiture, dans son entrée privée, et que la famille venant de l’extérieur a envoyé l’une des petites demander à utiliser la salle de bain pendant que les parents attendaient dehors pour entamer leur cueillette.

Si vous n’avez pas tout de suite remarqué ce qui clochait dans ce petit bout de récit, je voudrais vous éclairer, mais le temps me manque et ce que je veux surtout développer est la partie suivante « …la famille venant de l’extérieur… »

Voyez-vous, peut-être êtes-vous un  »Halloweeneux », comme on les appelle un peu partout, peut-être êtes-vous résident d’une maison où passent des centaines d’enfants, des dizaines ou à peine quelques-uns. Quoi qu’il en soit, je suis sûre que le nombre d’enfants qui toquent à votre porte n’est pas représentatif du nombre d’enfants qu’il y a dans votre quartier.

Reprenons l’histoire de cette physiothérapeute.

Elle avait l’habitude de faire des sacs contenant plusieurs bonbons. Une année, elle en avait fait 300.

En une heure trente, tout était écoulé, et les enfants continuaient de toquer.  Quelques-uns ne cachaient pas leur mécontentement, qu’ils soient jeunes ou pas jeunes du tout.

Elle s’est donc adaptée. Parce que d’année en année, le nombre d’enfants faisant main basse sur son quartier augmentait. Elle donnait donc un seul petit emballage de  »Smarties » par enfant.

D’où notre première petite personne qui ne se gêna pas pour la traiter de  »cheap », une fois les sucreries dans son sac.

Ma question est la suivante…

Qu’en pensez-vous?

Personnellement, je ne veux pas que l’Halloween devienne une fête de consommation. Et le fait de repérer un secteur et de se jeter dessus pour en tirer le plus de bonbons possible, c’est faire fausse route, selon moi. D’autant plus qu’aujourd’hui, beaucoup d’enfants ont la possibilité de manger des bonbons presqu’à l’année longue.

Saviez-vous que l’Halloween a maintenant dépassé Noël en tant que force économique? Cela signifie que maintenant, il y a plus d’argent qui se fait avec l’Halloween qu’avec Noël.

Vous ne me croyez pas? Allez voir vous-même!

Vous n’êtes pas Maire de votre ville, alors je comprends que vous ne puissiez mettre en place une réglementation demandant que les enfants du nord de la ville récoltent au Nord de la ville et ceux du Sud, au Sud. Mais vous êtes tout de même quelqu’un! Oui! Oui! Vous avez un pouvoir! Je vous le dis!

Si vous passez l’Halloween, encouragez votre quartier et passez dans votre quartier. Je ne vous dis pas de renoncer à votre précieux repère, mais faites honneur à ceux qui se donnent la peine de décorer et qui souhaitent de la sorte susciter des sourires et distribuer de la joie.

Si vous êtes résident d’un quartier trop passant à votre goût, vous savez que vous POUVEZ demander aux enfants s’ils sont du coin? Bien sûr que quelques-uns tenteront de vous en passer une, mais puisque vous leur auriez tout de même donné des bonbons, laissez le karma faire le travail!

J’ai eu vent d’une maison où l’on avait préparé deux bacs de bonbons: un bac de caramels et de tires et un autre de chips, de chocolats et autres favoris d’Halloween. À ceux qui étaient de l’extérieur du quartier, devinez dans quel bac ils allaient piger leur poignée?

Des mesures punitives? Il n’en est rien!

Une adaptation en fonction de nos valeurs plutôt, et de ce en quoi l’on croit.

Lorsque vous êtes mécontent, votre émotion est louable et elle porte en elle une occasion merveilleuse de changer les choses. Faites-lui honneur.

J’aurais encore à vous dire sur l’Halloween, mais je m’arrêterai là avec cette conclusion…

Prenez votre pouvoir et faites que votre Halloween 2019 soit un peu plus à l’image de ce qu’elle veut dire pour vous.

Et n’hésitez pas à m’écrire!  Je vous aime tellement!

 

Islamophobie et autres enjeux de laïcité

Par Johane Filiatrault

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À l’heure où l’islamophobie fait couler beaucoup d’encre, je me sens l’obligation intérieure de me dissocier publiquement de ce mouvement de peur qu’entretiennent trop de Québécoisˑeˑs. Selon mon expérience personnelle, la rencontre interculturelle et interreligieuse vécue dans la confiance et l’ouverture mutuelle m’apparaît plutôt être une source d’enrichissement réciproque et, pour qu’une telle rencontre soit possible, il faut qu’au moins un des deux partis aborde l’autre amicalement. (J’en ai d’ailleurs fait l’un des thèmes clé de mon nouveau roman, Mémoire d’Outarde, qui paraîtra sous peu aux Éditions Tsemantou). Cela est d’autant plus vrai si ces gens d’autres cultures qui nous font peur, migrent chez nous et viennent habiter notre voisinage.

Pour briser la peur, il faut apprendre à connaître l’objet de nos appréhensions. Et n’appartient-il pas aux citoyenˑneˑs de la nation hôte de faire les premiers pas vers les nouveaux arrivants, tout comme il appartient à la personne qui reçoit chez elle des invitéˑeˑs de les recevoir chaleureusement et de les mettre à l’aise ?

Cela étant dit, j’éprouve suffisamment de respect et d’attachement philanthropique envers ces immigrantˑeˑs pour affirmer ceci : tout ce que j’ai souhaité et mis en œuvre pour le bonheur et le bien-être de mes propres enfants, je le souhaite également de tout cœur pour leurs enfants à euxˑelles.

Il y a dix ans, nous avons fait un choix de société au Québec, un choix qui a fait que, désormais, l’enseignement religieux et la pastorale ne font plus partie du programme scolaire des écoles publiques.  J’ai été la première à l’applaudir – j’ai pourtant la foi chrétienne tatouée sur le cœur – parce que je crois que les enfants ont droit à la liberté religieuse et que leur en imposer une ou l’autre est un manque de respect envers leurs droits fondamentaux : le prosélytisme n’est pas l’affaire de l’État et nos taxes ne doivent pas servir à l’entretenir, quelle que soit la religion prônée.

C’est la raison pour laquelle je continue et continuerai à affirmer que l’État doit retirer son financement aux écoles privées qui ont encore à leur programme l’enseignement d’une religion unique. Mieux encore, l’État doit interdire sur son territoire toute école où des enfants sont soumis à un enseignement religieux unidirectionnel quelconque. Puisque je ne souhaite pas que mes enfants soient embrigadés dans une religion étroite, sexiste et réactionnaire, pourquoi j’accepterais que les enfants des migrants d’autres religions ou les enfants de parents ultra religieux soient soumis à une telle éducation ? Pourquoi ce que je juge bon pour mes enfants ne le serait pas pour les enfants des autres ? Pourquoi certains enfants seraient exclus d’un tel choix de société considéré comme bénéfique et juste ?

Jusqu’à quand l’État paiera-t-il pour perpétuer cette prétendue « liberté de religion » qui ne respecte la liberté que des parents et des intervenants scolaires ? Les enfants du Québec – tous les enfants du Québec, nouveaux migrants ou non – ne méritent-ils pas mieux que cela ?

Quant à savoir si les professeurˑeˑs devraient afficher l’une ou l’autre religion dans leur manière de se vêtir ou les accessoires dont ilˑelleˑs s’ornent, la réponse m’apparait évidente : si l’école est religieusement neutre, ses intervenantˑeˑs doivent également l’être, au moins extérieurement. Le message véhiculé à tous les enfants sera alors sans ambiguïté : le choix d’être croyantˑe ou adhérentˑe par rapport à telle ou telle spiritualité est quelque chose qui se vit dans l’intime de l’être et qu’on devrait pouvoir deviner sans qu’aucun signe extérieur ne le souligne, un choix qui devrait transparaître dans la manière d’appréhender la vie et dans l’ouverture envers les personnes croisées au hasard de la vie.

 

Image : Jean-Léon Gérôme [Public domain], via Wikimedia Commons

 

Par Judy Tétreault

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Quand on a des objectifs, il est avéré qu’il vaut mieux connaître le point de départ et le point d’arrivée.

Vous avez établi votre objectif, votre aspiration et donc, votre point d’arrivée.

Mais savez-vous quel est votre point de départ?

Parce que simplement dire « Je pars d’ici, d’aujourd’hui ou de mon stade actuel » est très insuffisant.

Votre RÉEL point de départ est en fait une aspiration à le connaître. 

Pour vouloir QUOI QUE CE SOIT dans votre vie, la première étape et votre premier combat (car croyez-moi, cela en deviendra un) sera d’entrer dans une arène où résident toutes vos conceptions de vous-même, sur la vie, sur les gens qui vous entourent. Votre travail sera de discerner le vrai du faux dans votre conception de vous-mêmes.

Il n’y a que de cette manière que vous pourrez avancer sciemment vers vos objectifs, parce que, dès lors, vous aurez pris conscience de votre point de départ.

Essayez d’imaginer vouloir vous rendre quelque part, tout en vous étant trompé d’une trentaine de kilomètres à propos de votre point de départ.

Vous n’irez pas dans la bonne direction.

C’est la même chose avec vous et vos objectifs de vie.

Si vous n’acceptez pas de lire les panneaux qui vous indiquent à quel point vous n’êtes PAS où vous voulez être, vous ne saurez jamais vraiment quel trajet vous avez à faire et quelles sont les directions à prendre.

Vous aurez, exactement comme dans une arène, le souffle court, vous aurez peur et vous aurez froid.  Vous vous sentirez parfois en rage et seul.  Parce que, croyez-moi, vous vous trouverez très éprouvé par vos ‘’ennemis’’ si vous ne vous attaquez pas d’abord à eux.

J’ai découvert toute la poésie qui réside dans ces images de gladiateur, de boxe et d’autres arts du combat. J’ai fini par voir que pour certains pratiquants, ils s’y investissent comme si, pour eux, il s’agissait d’une représentation quasi spirituelle de la vie. Un combat. Et ceux-ci savent qu’ils ne se battent pas contre quelqu’un. Ils se battent contre quelque chose en eux-mêmes, contre les revers et les persécutions de la vie, contre les déceptions et les injustices. Ils se font acteurs de théâtre pour nous livrer leur version de la vie. Un ring dans lequel le véritable objectif est de rester debout, de toujours se relever, de mettre à terre le véritable ennemi.

Les boxeurs les plus éveillés se partagent deux rôles : d’une part, nous, les individus, d’autre part, « l’ennemi », (les persécutions, l’adversité, les fausses conceptions que l’on a de nous-mêmes), tout ce contre quoi nous devons nous battre.

J’ai longtemps voulu croire que cette version de la vie était fausse. Que le combat était inutile.

Je suis désolée, j’avais tort.

Les véritables combats sont ceux qui se passent en nous.

Ce sont des choses inertes et, en réalité, illusoires qu’il nous faut combattre et ce, qu’on le veuille ou non.

Ce n’est pas un combat pour mettre l’ennemi K.O. à coups de poings. De toute façon, mettre un coup de poing à une conception de vous-même, vous trouverez ça difficile : c’est intangible. (Je dis ça comme ça : j’ai essayé et je ne savais pas trop où viser! XP)

C’est une arène où vous devez apprendre humblement qui vous êtes vraiment et qui vous n’êtes pas. Et vous battre contre cette incroyable envie de continuer à vous leurrer sur vous-même.

Théorie :

Les réels adversaires de vos vies sont au nombre de 12! Ils sont EN vous, ils ne SONT PAS VOUS! Et ils sont les SEULS contre lesquels vous devrez vous battre. N’engagez jamais le combat contre quiconque ou quoi que ce soit d’autre que ceux-ci!

  1. Le jugement
  2. La dépression
  3. La réprobation
  4. L’indifférence
  5. La culpabilisation
  6. L’anxiété
  7. L’indécision
  8. La procrastination
  9. Le perfectionnisme
  10. La rancœur
  11. L’apitoiement sur soi
  12. La confusion

Tout le reste, n’est pas un obstacle pur et simple et ne mérite pas d’être mis au tapis.

 

Le poète Jacques Prévert (1900-1977)

Par Rachel Filiatrault

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Vous avez envie de rire, de vous distraire et d’apprendre en même temps ? Ouvrez ce bouquin ! Paroles de Jacques Prévert, écrit en 1946 et présentant des textes inspirés de l’époque du surréalisme : presque de l’écriture spontanée. Du plus petit aux plus grand (de 15 mots à 35 pages), certains poèmes, pour l’époque, sont faits de provocation et d’expressions nouvelles.

Prévert joue avec les mots et ce n’est pas peu dire, ne serait-ce que dans L’amiral et Cortège. Il procède aussi par l’anaphore, dans Tentative de description d’un diner de têtes à Paris et Salut à l’oiseau. Il y a aussi des images poétiques belles et fortes comme, par exemple, « Ceux qui sont chauves à l’intérieur de la tête » (Diner de têtes…) et « L’éblouissant orage du génie de Vincent » (Complainte de Vincent).

Ses thèmes préférés sont ceux de la dénonciation de la violence, de la guerre, de la politique bourgeoise et de la religion (Barbara, Pater Noster, La cène et La morale de l’histoire). La vie quotidienne à Paris fait aussi partie de ses sujets aimés ainsi que d’autres plus traditionnels : l’amour, l’enfance, l’oiseau (Le cheval rouge, Cet amour et Place du Carrousel) et bien d’autres encore.

Je vous recommande deux autres de ses volumes : Spectacle et Histoires (1949 et 1963), aux éditions Le point du jour NRF. Je vous laisse un avant goût du livre avec un de ses poèmes les plus populaires, Pour faire le portrait d’un oiseau.

 

Peindre d’abord une cage

avec une porte ouverte

Peindre ensuite

quelque chose de joli

quelque chose de simple

quelque chose de beau

quelque chose d’utile

pour l’oiseau

Placer ensuite la toile contre un arbre

dans un jardin

dans un bois

ou dans une forêt

Se cacher derrière l’arbre

sans rien dire

sans bouger

Parfois l’oiseau arrive vite

mais il peut aussi mettre de longues années

avant de se décider

Ne pas se décourager

attendre

attendre s’il le faut des années

la vitesse ou la lenteur de l’oiseau

n’ayant aucun rapport

avec la réussite du tableau

Quand l’oiseau arrive

s’il arrive

observer le plus profond silence

attendre que l’oiseau entre dans la cage

et quand il est entré

fermer la porte avec le pinceau

puis

effacer un à un tous les barreaux

en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau

Faire ensuite le portrait de l’arbre

en choisissant la plus belle des branches

pour l’oiseau

peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent

la poussière du soleil

et les bruits des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été

et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter

Si l’oiseau ne chante pas

c’est mauvais signe

signe que le tableau est mauvais

Mais s’il chante c’est bon signe

signe que vous pouvez signer

Alors vous arrachez doucement

une des plumes de l’oiseau

et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau

 

Et voici ma propre version personnalisée de ce poème…

 

Pour faire le portrait d’une colombe invisible,

prendre d’abord une cage

avec une porte ouverte.

Peindre la cage en or.

Souffler un cœur rouge au milieu.

Un gros cœur.

Pour que la colombe arrive et devienne visible

il faut suspendre milles et une clés dorées tout autour.

Lorsqu’elle arrive, refermer tout doucement

mais en laissant une ouverture

pour  qu’elle sache que, si elle veut partir,

elle peut le faire.

Et si elle veut rester,

elle peut prendre le gros cœur,

 le glisser dans sa poitrine

et rester dans sa prison dorée.

Aussi il y aura toujours la lumière matinale et toi

pour lui tenir compagnie.

Peut-être aussi qu’elle pourra

longtemps étudier chacune des clés dorées

et en comprendre le sens.

Puis s’envoler.

Voilà.

Le titre de cette histoire sera :

Cage thoracique.

 

(Source des informations biographiques : Wikipedia)

 

Tout est dans le fruit

Par Jeanne Du Mont

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Toutes les religions s’équivalent, en ce sens qu’elles ont la puissance d’élever l’humain au-delà de son espace confiné, au-delà du je-me-moi stérilisant et vide, au-delà de l’emprise du matériel qui étouffe, qui capture l’être et l’emprisonne. Les religions sont des systèmes conçus pour éduquer notre être profond, pour lui inculquer une discipline salutaire qui le tire vers le haut et le libère de ce qui le maintient à l’état larvaire.

Loin de moi l’idée d’avancer qu’un humain sans religion n’est rien qu’une larve ! L’état larvaire n’a par ailleurs rien de péjoratif : il est une potentialité, un merveilleux devenir en préparation, un secret destiné à se déployer au grand jour. Vu sous cet angle, l’humain sans religion ou spiritualité n’est rien de moins qu’une merveille en dormance.

Mais cela dit, il y a un mais…  Les systèmes religieux sont gérés par des humains influencés comme tous ceux de la race par des appâts de cupidité, de plaisirs bon marché et de gloriole. On doit donc perpétuellement libérer les religions des castes de dirigeants qui y ont leur mainmise… Ou réinventer des spiritualités saines, ouvertes sur l’autre et libératrices.

Si votre religion (il y a des « religions » athées, ne l’oublions pas, prenant la forme de courants politiques, de pensées monolithiques ou de mécanismes d’exclusion) ou votre spiritualité ne vous porte pas à grandir en acceptance de vous-mêmes et de vos faiblesses, à vous détacher du prosélytisme militant (si accablant pour votre entourage), à voir en chaque être humain le reflet même de la déité et à le respecter et à l’aimer comme tel – si votre religion ne porte pas ces fruits-là, changez-en, de grâce !

Car nul besoin d’être unˑe devin ou unˑe grandˑe sage pour décréter ceci : l’avenir de l’humanité n’est envisageable que si chaque humain se met à se soucier intentionnellement et volontairement du bien-être et de l’épanouissement de l’autre, à favoriser l’autre autant qu’ilˑelle se favorise luiˑelle-même, à s’ouvrir à une pensée tournée vers l’humain.

L’harmonie et le plaisir de vivre sur cette planète où nous subissons un sort commun n’est possible qu’à ce prix. L’individualisme et la surconsommation ne peuvent mener qu’au chaos et dénaturent l’être humain, un « animal » grégaire, monogame et spirituel dans son essence même.

Vous arrive-t-il de vous demander pourquoi, de nos jours, trop d’ados cherchent à mourir ou à s’étourdir dans la vitesse, l’alcool et les drogues, pourquoi tant et tant d’enfants sont autistes, en déficit d’attention, hyperactifs, blasés et/ou irrespectueux, pourquoi les bébés même, pour certains, délaissent le réflexe vital qu’est celui de téter leur mère et pourquoi un nombre croissant de couples n’arrivent plus à procréer sans assistance médicale ? Peut-être devrions-nous cesser de ne chercher les causes de ces fléaux que dans les changements climatiques ou l’alimentation ou la pollution environnementale et scruter également notre manière d’être ensemble, en tant que collectivité, en tant que citoyenˑneˑs d’une même planète. L’écologie du corps et de l’esprit peut être une réponse très valable à nos immenses problèmes sociétaux ! Et ce n’est pas les modèles économiques axés sur la croissance qui nous sortiront de là – ne pas l’oublier au moment de déposer nos votes dans la boîte ces jours-ci…

Adolescente, il y a de cela plusieurs dizaines d’années, j’ai été profondément choquée, révulsée, quand un de nos professeurs du niveau secondaire nous a présenté en classe un documentaire sur les camps de concentration nazis. J’ai perdu foi en l’humanité ce jour-là (avant de la retrouver plus tard via une démarche spirituelle). Mais quand le culte de la personnalité, l’hédonisme, l’indifférence, l’intolérance, voire la haine, font désormais partie de la culture ambiante et nous bombardent chaque jour, se pourrait-il que même les touts petits êtres perdent à leur tour foi en l’humanité, cessent d’espérer, et s’emmurent hermétiquement, afin de résister à un climat toxique ambiant ?

 

Un poète québécois bien connu : Gaston Miron (1928 à 1996)

Par Rachel Filiatrault

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Et vous, le connaissez-vous ? Mastoc, c’est le mot que je cherchais pour décrire sa poésie. Et je ne suis pas la seule de cet avis. Édouard Glissant, dans la préface de L’homme rapaillé, écrit : « Ce n’est pas fréquent d’aborder une tornade. Un grand corps bourré de grosses paroles qui tonnent, vous avez beau dire que les cyclones vous connaissez (…) quand vous rencontrez une tornade en forme de poète, vous n’avez pour autant pas le réflexe de vous préparez à un tel débordement ». Vous le devinez, cet homme a eu la vie tourmentée, jusqu’à l’emprisonnement en 1970 par suite des évènements que vous connaissez sûrement déjà, à cause de ses allégeances politiques et de son association avec le MDPPQ (Mouvement des Prisonniers Politique du Québec).

Mais Miron descend plus loin en lui-même ; l’amour est son cheval − cheval de trait, de bataille. Il aborde des sujets classiques avec une force de frappe rare et surprenante pour son époque. Le titre de son principal recueil L’homme rapaillé (1970 et reparution en 1999) le dit si bien : tout de lui en un seul recueil. Toutefois, dans l’édition de 1999 parue chez Gallimard, les deux dernières sections (soit ses poèmes d’allégeance politique) ne sont pas éditées, sans doute afin d’enlever le poids d’une certaine historicité et de circonstances qui ont pesé sur l’œuvre du poète.

Son livre avec des titres comme Mon bel amour, Ce corps noueux, Corole ô fleur, Ma désolée sereine, La marche à l’amour et Self defence nous fait voyager de son cœur aux rues et aux nuits de Montréal. « Et sous la grosse parole soudain vous entendez la voix qui murmure, le murmure ne rend pas mieux que la parole. » Édouard Glissant

Je ne vous en dirai pas plus long sur Gaston Miron qui mérite d’être lu et a droit à toute notre attention, ne serait-ce que pour connaître un pan de notre histoire et de notre langue. Voici deux de ses poèmes.

 

Déclaration

Je suis seule comme le vert des collines au loin

Je suis crotté et dégoutant devant les portes

Les yeux crevés comme des œufs pas beaux à voir

Et le corps écumant et fétide de souffrance

 

Je n’ai pas eu de chance dans la baraque de vie

Je n’ai connu que de faux aveux de biais le pire

Je veux abdiquer jusqu’à la corde usée de l’âme

Je veux perdre la mémoire à fond d’écrou

 

L’automne est revenue je me souviens presque encore

On a préparé les niches pour les chiens pas vrai

Mais à moi, à mon amour, à mon mal gênant

On ouvrit les portes pour dehors

 

Or dans ce monde d’où je ne sortirai bondieu

Que pour payer mon dû, et où je suis giguer déjà

Fais comme un rat par toutes les raisons de vivre

Hommes, chers hommes, je vous remets volontiers

          1-ma condition d’homme

          2-je m’étends par terre

Dans ce monde où il semble meilleur

Être chien qu’être homme

 

 

Mon bel amour

Mon bel amour navigateur

Mains ouvertes sur les songes

Tu sais la carte de mon cœur

Les jeux qui te prolongent

Et la lumière chantée de ton âme

 

Qui ne devine ensemble

Tout le silence les yeux poreux

Ce qu’il nous faut traverser le pied secret

Ce qu’il nous faut écouter

L’oreille comme un coquillage

Dans quel pays du bleu

Amour émoi dans l’octave du don

 

Sur la jetée de la nuit

Je saurai ma présente

D’un vœu à l’azur ton mystère

Déchiré d’un espace rouge-gorge

 

Hymne à l’inspiration

Par Johane Filiatrault

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En tant qu’auteure, on me questionne parfois sur cette difficulté que l’on ressent quand il s’agit d’entrer dans un processus de création, le défi de transgresser ce que plusieurs ont décrit comme « le syndrome de la page blanche ».

Pour ma part, je résumerais ce défi en quelques mots : se placer soi-même dans un contexte de création. Choisir tout d’abord un moment, puis se placer dans cet environnement privilégié où la création, pour nous, devient possible. Ce qui suppose au préalable d’avoir repéré de tels lieux et de tels moments privilégiés : bien se connaître, donc. Avoir expérimenté que tel ou tel contexte, tel ou tel lieu ou telle ou telle personne, joue pour nous le rôle de muse et est capable de nous propulser dans l’univers béni qu’est la création, cet état intérieur de communion profonde à nos sources, de symbiose avec l’univers, d’harmonie intime et d’élan libérateur. Un état de grâce qui pacifie et rend heureux, une expérience faite de réceptivité et de don de soi : partager ce que je touche et ressens.

En ce qui me concerne, mon environnement idéal d’écriture se résume à peu de choses : d’abord, une solitude absolue où seul est admis l’homme de ma vie, ensuite, un décor bucolique où la nature tient la première place. Et si une étendue d’eau palpite sous mes yeux, se ride paresseusement ou reflète le ciel sur son étendue parfaitement lisse, je me sens réellement transportée dans un paradis d’écriture où tout devient possible. Alors que je ne savais absolument pas ce que j’allais écrire avant de m’installer là, les mots se bousculent soudainement au bout de mes doigts et prennent forme un à un sous mes yeux, m’emplissant de gratitude et d’un heureux état où se mêlent la fierté de l’accomplissement et la conscience de vivre un moment d’éternité unique, inaltérable.

Se placer en état de création est un acte thérapeutique et profondément spirituel : il pacifie l’humain et le hisse à un niveau supérieur. L’humain s’y trouve soudainement en son vrai lieu, conscient soudain qu’il accomplit là, en cet instant unique, ce pourquoi, ultimement, il a vu le jour sur cette terre. Un état d’être que je souhaite à tout humain de connaître.

La photo que je joins à cet article est prise sous le saule immense qui protège, enchâsse  et tempère un de ces lieux parfaits où écrire m’est facile, un de ces paradis sur terre où nulle prétention ne tient et où la nature entière se penche et s’épanche.

 

Merci d’avoir été gentil quand j’étais en prison

Par Judy Tétreault

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J’ai déjà « fait de la prison ». J’étais en détention au pénitencier de Hull.

Je vous raconterai peut-être un jour davantage cette aventure. Mais là, ce post-ci, je veux surtout parler d’un gardien et de vous.

En détention, j’ai eu la chance immense de me retrouver avec une aile complète à moi seule.  Il s’agit d’une aile qui, normalement peut accueillir 6 à 8 détenues. (Femmes seulement. On ne mixe pas les hommes et les femmes pour des raisons évidentes)

J’avais des repas complets et la télévision. Ce que je n’avais pas chez moi et n’aurait pas eu si ce n’avait été de la prison. Croyez-le ou non, j’étais vraiment très heureuse. Je ressentais mieux mes qualités dans ce milieu, du fait qu’elles détonnaient par rapport aux autres détenues.

Je me souviens d’un moment en particulier que je souhaite souligner. J’étais en train de danser de joie sur les airs de ce qui s’appelait Galaxie Hitlist, dans le temps. Puis je dus arrêter NET.

La voix revenait.

Je me sens bien mal de dire que j’entends des voix alors que ce n’est pas vraiment ça. J’ai l’imagination qui se transforme en un monstre dans le lobe frontal de ma tête qui susurre très vilainement dans mes tempes un goût et un profond désir de ma propre souffrance.

Je m’étais donc arrêtée subitement. Et je suis restée un moment les yeux fermés, les bras comme piliers pour me soutenir contre une table et me tenir debout. Le sourire restait, mes yeux commençait à perler de petites gouttes d’eau.

Puis soudainement, une vraie voix retentit dans le haut-parleur avec une telle douceur et un tel égard…

“Est-ce que ça va Judy ?”

J’étais filmée et probablement qu’un gardien regardait au moment où ma joie changea du tout au tout. (Moi, en revanche, je n’avais pas le privilège de les voir travailler ou s’exprimer !)

Sans qu’il le sache, son petit acte de bienveillance venait de faire un petit miracle. Ma voix immonde venait d’être renversée par l’égard dont il a fait preuve.

Il y a une chose que j’ai fini par remarquer et accepter, cependant : les gens semblent voir en moi une bonne personne et la plupart m’entourent d’égards. Peut-être parce que je n’ai jamais cherché à cacher mes petites meurtrissures… Nous sommes peut-être comme ces magnifiques petites boîtes à musique qui inspirent des moments heureux mais que l’on retrouve soudain renversées au sol, brisées.

J’ai toujours en mon cœur une extrême gratitude pour cette voix dans le haut-parleur. Également pour cette femme qui m’avait souri, pour vous qui avez aidé un être qui m’est cher, pour votre ami ayant fait du bénévolat qui a permis que je reçoive de l’aide… Et j’aimerais que vous tous le sachiez.

Vous avez fait quelque chose qui a « perpétré » le bien. En vous laissant guider par un brin de compassion, vous avez aidé le monde dans lequel je vis à être meilleur.

Vous avez toute ma reconnaissance.

Ou que vous soyez, accueillez un immense remerciement de ma part et de tous ceux qui ressentiront la même chose !

Merci!

 

Changement de cap

Par Kim Loyer

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On m’a récemment demandé si j’avais le désir d’écrire quelques articles pour Tsemantou. Ma première réaction fut de dire non, car au fond de moi je ne me sentais pas prête. J’avais le pressentiment que rien de ce qui pouvait venir de moi ne serait intéressant pour autrui. Puis durant plusieurs semaines, cette idée s’est mise dans un coin de mon esprit sans jamais vraiment le quitter. Et un jour, je me suis dit : pourquoi pas ! Pourquoi ne pas discuter de ma passion avec les lecteurs, lectrices et peut-être, au final, inspirer quelqu’un d’autre ! 

 Avant même de vous parler de cette dite passion, j’aimerais vous faire part de ce qui a animé ce revirement de situation. Lors de ma graduation au niveau secondaire (il y a dix ans), j’ai dû faire un choix : opter entre la voix sécuritaire et facile ou bien celle plus risquée et remplie d’embuches. Malheureusement, comme la plupart des être humains sur cette terre, j’ai eu trop peur et j’ai choisi la facilité. Aujourd’hui, ces peurs me semblent tellement insignifiantes ! Je me suis rendu compte au courant de ma vie que choisir un travail sans la passion c’est comme choisir de ne pas vivre. On se rend tous les jours au travail tel un robot en effectuant les tâches demandées sans se poser aucune question. On rentre à la maison en étant dégouté de sa vie et on dépense tout l’argent qu’on a pour se sentir mieux. Au bout du compte, on est pauvre et malheureux.  

C’est pourquoi, en ce beau mois de juillet 2018, âgée de 28 ans, j’ai enfin décidé de vivre ma vie, de m’épanouir, de faire quelque chose qui me rend heureuse et finalement de penser à moi, peu importe ce que les gens autour de moi en diront. Après tout, nous n’avons qu’une vie : aussi ben en profiter.  

Vous devez probablement vous demander quel genre de métier j’ai choisi… Eh bien, mesdames et messieurs, me voici officiellement future étudiante de design d’intérieur ! Je débuterai mes cours en septembre, alors restez à l’affut car je ne manquerai pas de vous transmettre des petites astuces, projets et idées en lien avec mes cours. 

 

Au plaisir!  

 

Un poète si peu connu

Par Rachel Filiatrault

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Alain Grandbois (1900-1975) poète Québécois

Grand voyageur et passionné de lectures étrangères, il signe  Marco Polo (1942) et Avant le chaos (1945). Mais son recueil le plus connu sera sans doute Les îles de la nuit (1944).  Suivront Rivages de l’homme (1948)  et L’Étoile pourpre (1957). Dans son recueil Les îles de la nuit, on le dit au summum de son art. Il s’agit d’une longue allégorie où se mêlent les forces physiques et psychiques, naturelles et cosmiques. Son thème :  le voyage intérieur et spirituel que l’auteur entreprend pour découvrir et explorer son royaume intime et celui du monde. Presqu’à chaque poème reviennent ces symboles, la Femme inaccessible, le Passé mensonger, la Mémoire source d’erreurs, la Solitude, solution et en même temps long cri de détresse, la Mort en tant que  délivrance et fin de la douleur. Comme le dit si bien en préface Jacques Breault : […] il s’agit ici de reconnaître ce maître des rivages, ce passeur d’ombre et de solitude, sous les étoiles toujours qu’il regardait, comme à jamais fondues au  rouge incendiaire de la poésie. Alain Grandbois, capitaine au long cours, sorcier des brumes et des temps obscures, mais aussi lumière du siècle… des lieux transversaux et indirects qui, de l’amour à l’abandon, de l’angoisse à l’euphorie, viennent donner à nos lettres une présence d’air et de souffle, une autre aspiration conduisant toujours à des cieux ardents, en route vers l’absolu.

Le moins qu’on puisse dire de Grandbois est qu’il est en quête d’absolu et de vastitude et qu’il parcourt avec rigueur et fidélité les dédales de son univers.

Je vous propose aujourd’hui un petit jeu… Je vous livre un poème de Grandbois et vous écrivez l’inverse des éléments de chaque phrase. J’appelle ça l’écriture à l’envers.  Il faut bien sûr laisser aller son inconscient et construire des images poétiques. Vous êtes prêts ?

Avec ta robe sur le rocher comme

une aile blanche

Des gouttes au creux de ta main comme

une blessure fraîche

Et toi riant la tête renversée comme un

enfant seul

 

Avec tes pieds faibles et nus sur la dure

force du rocher

Et tes bras qui t’entourent d’éclairs

nonchalants

 

Et ton genou rond comme l’île de mon

enfance

Avec tes jeunes seins qu’un chant muet

soulève pour une vaine allégresse

Et les courbes de ton corps plongeant

toutes vers ton frêle secret

Et ce pur mystère que ton sang guette

pour des nuits futures

 

Ô toi pareille à un rêve déjà perdu

Ô toi pareille à une fiancée morte

Ô toi mortel instant de l’éternel fleuve

 

Laisse-moi seulement fermer mes yeux

Laisse-moi seulement poser les paumes

De mes mains sur mes paupières

Laisse-moi ne plus te voir

 

Pour ne pas voir dans l’épaisseur des ombres

Lentement s’entrouvrir et tourner

Les lourdes portes de l’oubli.

Voici ma version à moi :

 

Sans ma robe dans l’eau

comme une griffe noire

Des chutes sous tes pieds

comme une  blessure morte

Et moi pleurant toute recroquevillée

Une adulte parmi tant d’autres

 

Avec tes mains fortes et gantées

sur la douce face des galets

Et tes jambes étendues qui s’ouvre de ciel

tranquille et courageux

Et ton coude pointu comme le continent

de ma vieillesse

 

Sans tes vieux dehors qu’un silence exubérant

repose contre une profonde tristesse

Et les droites de ton esprit remontant

toutes vers ton robuste savoir

Et cette impure évidence que ta lymphe oublie

pour les jours présents

 

Ô moi autre cauchemar déjà

Ô moi autre pucelle vivante

Ô moi éternel lointain de la mortelle rivière

 

Ne te laisse pas ouvrir les oreilles

Ne te laisse pas enlever les bras

sur tes vues intérieures

Ne te laisse pas ne plus me voir

 

Pour regarder dans la légèreté de la lumière

Vite se refermer et retourner

les portes sublimes du savoir.